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30 November 2014

Le mouton à la sauce du Théâtre L’On Donne

Publié par L'Action 31 March 2013

Le mouton à la sauce du Théâtre L’On Donne

Du 6 au 9 mars, au McManus Studio Theatre, à London, la troupe du Théâtre L’On Donne a présenté sa nouvelle pièce, Dessine-moi un mouton! Rencontre avec son metteur en scène, Mario Longtin.

Dessine-moi un mouton. Oui, mais lequel? Car tout dépend du contexte. Le mouton est un drôle de zèbre qui ne se laisse pas facilement saisir. Il peut être noir, comme le banni de la bande, comme le troupeau suiveur de la fable, et même blanc comme neige, à l’image de sa toison de candeur. Voilà un animal qui s’accommode à bien des sauces sémantiques puisqu’il peut même jouer, à l’occasion de quelque rite sacrificiel, le rôle de bouc-émissaire.

Dessine-moi un mouton!, écho faussement innocent au héros candide du Petit Prince, est le titre de la dernière pièce de Mario Longtin, truculent bout en train du Département des lettres françaises de l’Université Western, où cet éternel jeune homme y sévit en médiéviste éclairé.

« Le mouton est un thème qui sert de fil rouge. À travers les costumes blancs des comédiens mais par les différentes significations des textes joués par les comédiens. Il y a la pureté, la bêtise, le sacrifice, autant de motifs que recouvre la figure du mouton », commente-t-il.

Si le Moyen-Âge constitue le champ de recherches de l’universitaire, on ne s’étonnera donc pas qu’il soit aussi le terrain de jeux de sa fidèle troupe du Théâtre L’On Donne. Sauf que, à la différence de leur précédent spectacle, le brillant Britannicus de Racine, les comédiens donnent cette fois dans un mélange des textes et des genres de haute voltige.

Dessine-moi un mouton! combine tout à la fois des farces anonymes datant du XVe et XVIe siècles et trois des tableaux de Mistero Buffo (Le Massacre des Innocents, Les Noces de Cana et Marie au pied de la Croix), un spectacle inspiré du mystère chrétien du célèbre dramaturge italien, Dario Fo, traduit par le Québécois Michel Tremblay.

Presque aussi connu que Goldoni, le monstre sacré du théâtre italien, Dario Fo s’est surtout illustré tout au long de sa carrière pour ses œuvres très engagées à gauche. Dans cette péninsule si volontiers moqueuse de ses élites, Dario Fo passe pour un virtuose du genre, cultivant avec délectation l’art de la satire et du grotesque.

Les trois tableaux qui ponctuent la pièce sont au fond des motifs assez classiques pour Dario Fo quand on connaît sa tendance à aller chatouiller l’autre grand totem préféré des progressistes, la religion. Il suffit néanmoins d’y intercaler les farces, sortes de textes comiques de l’ère médiévale, pour que l’effet d’ensemble devienne désopilant en diable. Dessine moi un mouton! fait ainsi se croiser toute une foule de personnages damnés pour l’éternité avec les icônes sacrées des textes bibliques.

Un Arlequin bouffon où défile ainsi un fils en recherche de paternité, deux pochardes philosophant sur le miracle de l’eau changée en vin ou ces deux notables voulant ardemment cocufier le meunier du village. Le cocasse vient évidemment de l’improbable rapprochement de ces réprouvés avec les figures intouchables de la chrétienté comme la Vierge Marie ou encore l’archange Gabriel.

Seulement, contrairement à ce qu’une lecture intuitive de ces éléments pourrait laisser croire, l’intention ici n’est pas de passer le message religieux par les armes de la critique anticléricale mais d’en ramener le sens ici-bas, à la portée du commun des mortels.

« Bien sûr qu’il y a de la dérision dans les tableaux de Dario Fo et les textes des farces mais il y aussi de la beauté parce qu’au final on voit les personnages interroger la religion à la lumière de la souffrance humaine », commente Mario Longtin. Hasard du calendrier, la pièce est présentée alors que l’Église est en plein psychodrame papal. Simple coïncidence, vraiment? Absolument, se défend l’universitaire. Promis, juré, croix de bois, croix de fer, s’il ment…

Photo : Les comédiens du Théâtre L’On Donne

Auteur: 
Jorge Oliveira

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